Efficacité des cures thermales: la preuve par six!


Article de http://www.vivapresse.fr du 2 janvier 2013:

Les patients le disent, des médecins le confirment : les cures thermales ont des effets bénéfiques. Mais l’assurance-maladie veut des preuves…

En 2011, 520 000 personnes – un chiffre à peu près stable depuis des années – ont fait une cure thermale. Pourtant, le service médical rendu par le thermalisme ne cesse d’être remis en cause : selon les « thermosceptiques », les bienfaits seraient les mêmes que ceux obtenus après trois semaines de vacances…
En 2008, un député a même proposé de baisser de 65 à 35% le remboursement des cures. La proposition a été rejetée, mais dans un contexte de crise le thermalisme – qui représente 0,14% des dépenses de l’assurance-maladie – est prié de rendre des comptes. Et de prouver son efficacité. La mission n’est pas aisée, car, bien que la Haute Autorité de santé ait officiellement reconnu les effets antalgiques du thermalisme dans le traitement de la lombalgie chronique et de la polyarthrite rhumatoïde, on n’évalue pas une cure comme on le fait pour un médicament (voir interview ci-dessous).
Le point, avec l’Association française pour la recherche thermale (Afreth), sur six études récentes, déjà publiées ou en cours de publication, comparant, pour chaque maladie, des curistes à un groupe témoin dont les membres n’ont eu recours qu’aux soins de ville.

1) Insuffisance veineuse

L’étude « Thermes et veines » a réuni 425 patients souffrant d’insuffisance veineuse chronique. Elle conclut à une amélioration du réseau veineux et à une diminution des troubles cutanés et des douleurs un an après la cure. Et les curistes utilisent plus les bas de contention, dont l’efficacité leur a été expliquée. En revanche, la cure n’empêche pas l’apparition d’ulcères de la jambe, une affection qui touche 1% de la population et dont la prise en charge représente la principale dépense de l’assurance-maladie pour ce qui concerne les soins de la maladie veineuse.

2) Tendinite de l’épaule

L’étude « Rotartherm », qui a suivi 186 patients atteints d’un trouble musculo-squelettique (Tms), notamment d’une tendinite de la coiffe des rotateurs de l’épaule, indique une diminution des douleurs et une amélioration de la capacité à bouger l’épaule sept mois après la cure. Bénéfice notable : la consommation de crèmes et de pommades anti-inflammatoires baisse de 40 à 50% chez les curistes, contre 10 à 15% dans le groupe témoin.

3) Anxiété

L’étude « Stop Tag », menée sur 237 patients présentant une anxiété généralisée, constate une réduction de 30% des troubles chez 83% des curistes et de 50% chez 53% d’entre eux. Le résultat est d’autant plus net que l’anxiété était sévère au départ et associée à un état dépressif. Sept mois après la cure, 31% des curistes sont considérés comme guéris, contre 7% dans le groupe témoin. Un programme de sevrage portant sur 80 curistes montre que 44% ont définitivement arrêté somnifères ou/et anxio-lytiques six mois après la cure, 40% ont diminué leur consommation et seuls 16% n’ont rien changé à leurs habitudes.

4) Arthrose du genou

L’étude « Thermarthrose », qui a porté sur 462 patients présentant une arthrose du genou, montre une amélioration durable des symptômes chez 55% d’entre eux, contre 35% dans le groupe témoin. Neuf mois après la cure, ils souffrent moins et se déplacent plus facilement qu’avant. L’essai révèle une diminution notable de la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (Ains) (– 26 %) et d’analgésiques (– 50 %), mais sans différence significative entre les curistes et les non-curistes. A noter : 40 % des personnes qui suivent une cure le font pour une arthrose du genou, dont une majorité pour une arthrose sévère.
5) Surpoids et obésité

L’étude « Maâthermes », qui a concerné 237 patients obèses ou en surpoids, témoigne, quatorze mois après la cure, d’une perte de 5% du poids chez 57% des curistes, alors que seulement 18,6% des non-curistes aboutissent au même résultat. De plus, les cures jouent sans doute un rôle dans l’éducation thérapeutique des patients. Le programme « Prisme », mené à Eugénie-les-Bains (Landes), pointe ainsi que, un an après leur cure, 75% des curistes continuent à avoir une activité physique et que 65% font plus attention à leur hygiène alimentaire, que 33% ont moins de troubles lipidiques et 15% une glycémie plus basse.

6)Troubles de la mémoire

Le programme « Trial » a proposé à 125 curistes de plus de soixante-cinq ans de participer à des séances de stimulation cognitive, d’activité physique et d’information sur la nutrition. Résultat : 70 % d’entre eux étaient présents aux six séances proposées, 95% ont estimé y avoir trouvé un intérêt pendant la cure, 83% ont souhaité y participer à nouveau et 97% ont demandé que d’autres programmes de ce style soient mis en place. L’âge moyen des curistes étant de 63 ans, « la médecine thermale a un rôle important à jouer dans la détection et le retardement de l’entrée en dépendance », estime l’Afreth.

Brigitte Bègue

Deux poids deux mesures:

A quand la preuve du service médical rendu pour les médicaments ? Selon un rapport de la Haute Autorité de santé, fin 2011, sur 232 médicaments faisant l’objet d’une demande d’autorisation de mise sur le marché, 209 n’apportaient aucune amélioration du service médical rendu. Et on les rembourse quand même…
Interview

« C’est plus facile d’évaluer un médicament »
Pr Christian-François Roques, président du conseil scientifique de l’Afreth.

Est-ce compliqué d’évaluer les bénéfices du thermalisme ?
La démonstration du service médical rendu, demandée par l’assurance-maladie depuis 2003, est complexe à établir pour nous. Entre les bienfaits des eaux thermales, des boues, ceux associés à la prise en charge personnelle du curiste pendant trois semaines, et ceux liés au repos et à la coupure avec le quotidien…. il est difficile d’isoler le facteur responsable. Tout joue dans l’amélioration ressentie par les curistes. C’est plus facile d’évaluer le service médical rendu d’un médicament – on l’administre à des patients, on observe ses effets sur leur état, et on compare cet état à celui des patients du groupe témoin, qui, eux, n’ont rien pris – que celui d’une cure où l’action est multifactorielle. Pour que nos résultats soient incontestables, il faut mettre au point des alternatives méthodologiques aux essais habituels, car ces derniers ne reflètent pas la réalité de la vie.

Pourquoi est-ce complexe à mettre en place ?
Il faut du temps, un essai clinique dure au moins quatre ans et nous n’avons pas les mêmes moyens financiers que l’industrie pharmaceutique. Par ailleurs, nous ne pouvons tester que quelques centaines de curistes par indication, alors que les laboratoires étudient des milliers de personnes. Pour savoir si le thermalisme fait faire des économies à la Sécurité sociale, et, notamment, si les curistes consomment moins de médicaments, il faudrait avoir accès aussi aux données de l’assurance-maladie, ce qui n’est pas possible actuellement. Nous nous basons donc sur ce que nous déclarent les curistes, mais encore faut-il qu’ils aient bien noté ce qu’ils prennent – quantité, durée, nom de la molécule, etc. Ce n’est pas évident.

Quels effets observez-vous chez les curistes ?
D’une manière générale, les cures apportent une diminution des douleurs, une meilleure capacité fonctionnelle et une amélioration de la qualité de la vie. La médecine thermale pourrait diminuer aussi la morbidité. Elle est utile, et il faudrait que plus de gens en bénéficient. Les curistes ne sont pas des profiteurs qui prennent des vacances sur le dos de la Sécurité sociale, comme on l’entend régulièrement. Ce sont des gens modestes pour la plupart, qui sortent 800 à 900 euros de leur poche pour venir en cure. Seuls 13 % sont en dessous du plafond de la Sécurité sociale et n’ont rien à débourser pour le transport et l’hébergement. Environ 83 % des curistes reviennent chaque année, et, compte tenu de ce que ça leur coûte, c’est que ça leur fait du bien.

Advertisements

Une réflexion sur “Efficacité des cures thermales: la preuve par six!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s